Le mystère de la cruche

 

Toute la première partie de l'évangile de ce dimanche est consacrée aux préparatifs du repas Pascal de Jésus c'est peut-être l'occasion de nous rappeler que nous ne pouvons participer à l'Eucharistie du Seigneur sans d'abord l'avoir préparé dans notre cœur.

Plus surprenant est le signal de ces préparatifs : « en ville, vous trouverez un homme portant une cruche d'eau, suivez-le. » Dans la Jérusalem de l'époque il était certainement inhabituel de croiser un homme portant une cruche d'eau. C'était plutôt la tâche des femmes lorsqu'elles préparaient leur cuisine, et les gens devaient se retourner en voyant cet homme mystérieux, et se chuchoter : « c'est sa femme qui porte la culotte ! »

La Bible aime les gestes prophétiques et cet énigmatique envoyé qui porte une cruche d'eau comme une femme nous renvoie à plusieurs passages de l'évangile qui nous aident à préparer notre Eucharistie :

-         le premier repas de noce de Jésus a lieu à Cana et c'est avec six jarres d'eau que Jésus va offrir le vin de la fête et se présenter comme l'époux, qui à l'époque offrait le vin à ses convives. Le Seigneur continue à nous convier à ses noces, de l'eau insipide de nos petites prières, il fait le vin de la fête et nous partage le sang de l'Alliance. Pensons-nous à chaque messe à emporter notre propre cruche d'eau pour la présenter au repas Pascal de Jésus, pensons-nous à lui offrir nos prières et nos efforts aussi modestes soient-ils ?

-         dans l'évangile de saint Jean il y a une femme avec sa cruche qui demande à Jésus l'eau vive de l'Esprit Saint, cette femme, c'est la Samaritaine. Quand nous allons à la messe, avons-nous, comme elle, soif du Christ et de son esprit ou sommes-nous blasés, habitués à des rites dominicaux que nous vivons sans désir ni amour.

-         la cruche d'eau que l'homme porte peut également annoncer le lavement des pieds, où Jésus va se révéler non seulement le Seigneur, mais le serviteur de ses convives. Communier au Christ, n'est-ce pas entrer dans son esprit de service en faveur des plus petits et des plus pauvres, dont nous faisons partie ? « communier, ce n'est pas seulement recevoir le Christ. En recevant le Christ, c'est l'humanité tout entière que nous embrassons. Si, quand je communie je dis : « Seigneur, avec toi je reçois tout le monde sauf une personne, parce que elle, c'est vraiment impossible : » ce n'est pas une vraie communion. » (l'évangile avec don Helder Camara page 182) Le Christ a lavé les pieds de tous les apôtres, y compris Judas

-         et puis saint Paul nous rappelle que dans les vases d'argile que nous sommes  - et quelquefois non seulement des vases, mais des cruches ! - dans notre fragilité donc, nous portons un trésor, celui de la présence réelle du Christ qui s'est livré pour nous et qui nous associe à son œuvre : « Nous portons un trésor, le Christ, dans des cruches d'argile afin que cette puissance extraordinaire soit attribuée à Dieu et non pas à nous.

-         Cette fête du corps et du sang du Christ est l'occasion de présenter au Seigneur notre cruche et de repartir en y portant la présence réelle du Christ notre force et notre joie.

 

Père Philippe de Kergorlay

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