Et, pour que ces efforts soient récompensés, l'Évangile nous invite à éviter d'agir devant les hommes pour nous faire remarquer (Mt 6, 1-6. 16-18). Dès ce point de départ, chaque chrétien pense aux résolutions qu'il va prendre pour vaincre les tentations qui nous détournent de la Parole de Dieu, de l'adoration et de la confiance en Dieu. Et à Pâques, nous ferons le bilan : si nous avons tenu, nous parlerons d'un bon carême et nous aurons l'impression de nous être rapprochés de Dieu. Mais si nous n'avons pas réussi à tout tenir, nous aurons l'impression d'avoir fait un mauvais carême et de nous être éloignés de Dieu.

Mais le vrai Carême, Ie bon Carême, c'est beaucoup mieux. Pour le cqmprendre, il faut lire attentivement la première lecture qui nous propose un carême "révolutionnaire" (Dt 26,4-10). Ce texte nous invite à une véritable révolution dans notre relation à Dieu : il ne s'agit plus d'offrir des sacrifices pour recevoir de lui ce que nous demandons. Il y a un renversement à opérer : au lieu de donner à Dieu pour recevoir de lui, nous sommes invités à lui offrir ce que nous avons reçu de lui : les premières gerbes que nous devrons offrir à Dieu sont le fruit de la terre que le Seigneur nous a donnée. Elles sont le fruit d'un travail d'hommes libres et non plus celui d'un esclave. Nous comprenons que le Carême n'est pas d'abord un temps d'effort mais un temps de libération. Et le principal travail, c'est le Seigneur qui le fait en nous : II continue à voir la misère de son peuple et veut le libérer de la servitude de l'argent, du confort et de la volonté de réussir à tout prix. Le Seigneur voit aussi ceux et celles qui sont brimés, les victimes du chômage, de la violence, de l'exclusion, tous ceux et celles qui sont jetés à la rue, bloqués à nos frontières. Alors nous comprenons que vivre un bon Carême, ce n'est pas d'abord faire des efforts pour plaire à Dieu. C'est plutôt lui ouvrir notre coeur ; c'est lui ouvrir notre porte pour accueillir I'amour qui est en lui. Cet amour qui ne demande qu'à traverser notre vie doit être rayonné autour de nous. Vivre un bon Carême c'est offrir à Dieu le fruit de son amour. Nous le ferons dans le don de nous-mêmes à Dieu et aux autres dans la prière, le jeûne et le partage. Et s'il nous arrive de tomber, ne nous arrêtons pas sur l'échec, mais accueillons le pardon comme un nouveau don à offrir.

Durant ce Carême, le tentateur va nous flatter comme il a flatté Jésus : Ia flatterie, la grandeur, le pouvoir (Lc 4,3-7). En fait, cette tentation nous conduit vers une impasse qui nous détourne de l'amour de Dieu. Aujourd'hui, Jésus nous apprend qu'être fils de Dieu, c'est se laisser conduire par Dieu sans lui imposer nos voies et nos moyens ; c'est lui faire totalement confiance sans vouloir obtenir des garanties, sans espérer de miraculeux prodiges qui nous démotiveraient dans nos luttes et dans nos engagements. Etre fils de Dieu, c'est faire de la volonté de Dieu notre nourriture de tous les jours.

À tous et à toutes, nous souhaitons " un bon Carême " !

Père André GBAYA

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