Premier concile de Nicée

 
 
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L'empereur Constantin, entouré des évêques conciliaires présente le texte du symbole de Nicée, adopté lors du premier concile œcuménique

Le premier concile œcuménique se tint à Nicée (en turc İznikTurquie actuelle), de la fin mai au 25 juillet 3251. Il eut pour objectif principal de définir l'orthodoxie de la foi, suite à la controverse soulevée parArius sur la nature du Christ.

Sommaire

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Œcuménique[modifier]

Cela signifie qu'il réunissait toutes les Églises. En effet, chaque patriarcat était indépendant et disposait de son propre magistère en sorte qu'un excommunié dans un patriarcat pouvait faire lever son excommunication dans le patriarcat voisin (ce qui ne manquait pas de se faire). Le concile de Nicée est considéré comme le premier concile œcuménique bien qu'il ne s'agisse pas du premier concile à proprement parler. Cependant, les précédents conciles réunissaient un nombre bien plus restreint d'évêques, venant de régions moins éloignées les unes des autres (concile de Rome en 313 et concile d'Arles en 314).

Circonstances[modifier]

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/61/Searchtool.svg/15px-Searchtool.svg.png); margin-bottom: 0.7em; margin-left: 2em; font-size: 12px; overflow: hidden; border-style: solid; border-top-width: 1px; border-bottom-width: 1px; padding-top: 2px; padding-bottom: 1px; padding-left: 4px; background-position: 2px 3px; background-repeat: no-repeat no-repeat;">Articles détaillés : Ossius de CordoueAriusArianisme et Hérésie.

L'empereur romain Constantin Ier convoque le concile. Il vient en effet de réunir l'Empire romain après avoir vaincu Licinius à la bataille d'Andrinople le 3 juillet 324. Se rendant en Orient, il constate vite le très grand nombre des dissensions au sein duchristianisme. Afin de rétablir la paix religieuse et de construire l'unité de l'Église, et sans doute aussi de parvenir à ses fins politiquement, il décide de réunir un concile. Celui-ci réunit des représentants de presque toutes les tendances duchristianisme, peu après la fin des persécutions (celles lancées par Dioclétien durent jusqu’en 313, et certains évêques portent encore les traces des tortures infligées à cette occasion).

Après plusieurs mois au cours desquels les évêques ne parvinrent pas à se mettre d'accord sur un texte décidant de la nature de la relation du Christ au Père, l'empereur menace les quatorze récalcitrants. Trois restent fidèles à leurs conceptions, dont Arius, et sont excommuniés.

Toutefois, l'arianisme n'était pas la première dissidence à encourir l'excommunication. L'originalité de la situation tient à ce que l'excommunication prononcée contre Marcion par le conseil des presbytres de Rome, Valentin et Montanus, n'avait de validité que dans le diocèse où elle avait été prononcée. Dans la situation présente, les évêques s'engagent à ne pas lever l'excommunication prononcée par un autre diocèse. La suite du conflit arien montre que cet engagement n'est pas tenable.

Participants[modifier]

Le nombre des évêques qui participèrent au concile varie selon les sources. Eusèbe de Césarée, qui était présent au concile, parle de plus de 250 présents. Eustathe d'Antioche et Athanase d'Alexandrie, eux aussi présents, donnent respectivement les chiffres de 270 et 300. À partir d'Hilaire de Poitiers, il fut admis traditionnellement que le nombre des Pères du concile fut de 318.

Canons du concile[modifier]

Icône du premier concile de Nicée (fêté le dimanche après l'Ascension). Au premier plan, l'évêque saint Spyridon s'exprime devant le concile et confond Arius. Derrière lui, préside à gauche (à droite de l'autel) le représentant de l'évêque de Rome, et en seconde place, à droite, la puissance invitante, l'empereur Constantin

Vingt canons sont adoptés par le concile.

Les trois premiers canons sont d'ordre disciplinaire. Le canon 1 interdit l'ordination des eunuques volontaires. Le canon 2 interdit l'admission des néophytes à la cléricature. Le canon 3 interdit aux clercs d'avoir une femme dans sa demeure, à l'exception de sa mère, de sa sœur, de sa tante ou de quelque personne au-dessus de tout soupçon.

Le canon 4 concerne l'ordination des évêques. Il prévoit que les évêques doivent être ordonnés par leurs collègues de la province et exige, si tous ne peuvent être présents, qu'au moins trois évêques prennent part à la cérémonie, que les autres donnent leur consentement par écrit et que le métropolitain confirme l'élection.

  • Le concile reconnaît la prééminence du siège d'Alexandrie sur toutes les Églises d'Égypte et de Libye et signale qu'il existe une coutume analogue à propos de Rome et d'Antioche, sans préciser les limites des zones d'influence de ces deux sièges (sans doute l'Italie ou l'Occident pour Rome, le diocèse d'Orient pour Antioche). C'est là l'origine des trois premiers patriarcats.
Canon 6. De la primauté revenant à certains sièges et de ce qu'il ne faut pas nommer un évêque sans l'avis du métropolitain.
Que l'ancienne coutume en usage en Égypte, dans la Libye et la Pentapole soit maintenue, c'est-à-dire que l'évêque d'Alexandrie conserve la juridiction sur toutes ces provinces, car il y a le même usage pour l'évêque de Rome. On doit de même conserver aux Églises d'Antioche et des autres diocèses leurs anciens droits.
Il est bien évident que si quelqu'un est devenu évêque sans l'approbation du métropolitain, le concile décide qu'un tel n'est même pas évêque. D'autre part, l'élection ayant été faite par tous avec discernement et d'une manière conforme aux règles de l'Église, si deux ou trois font de l'opposition par pur esprit de contradiction, la majorité l'emportera.

Le canon 7 est relatif au siège d'Ælia ou Jérusalem. Il reconnaît à l'évêque d'Ælia une primauté relative consistant en une préséance d'honneur sur les autres évêques de Syrie-Palestine, sans préjudice de l'autorité du métropolitain qui était l'évêque de Césarée.

  • Le concile affirme la fondation de chaque église locale autour d'un évêque unique, le titulaire du siège épiscopal, qui est responsable de la communion de son Église avec toutes les autres Églises.
  • Le concile crée la notion de « confession de foi », ce qui, d'un point de vue sémantique, rapproche le mot « foi » du mot « croyance ».
  • Le concile fixe la date de Pâques : le premier dimanche après la pleine lune de printemps, c'est-à-dire celle qui suit le 21 mars2. Formellement, le mode de calcul de la date n'est pas précisé : le concile renvoie à l'autorité de l'évêque d'Alexandrie, en demandant qu'on suive partout la coutume alexandrine.
  • Le concile affirme la consubstantialité du Père du Fils.
  • Le concile étend la validité de l'excommunication en créant l'anathème, qui représente une modification du herem traditionnel dans les écoles rabbiniques après Yabnah, c'est-à-dire la fixation d'uneorthodoxie. La distinction tient au fait que cette excommunication est permanente tandis que le herem était une sanction temporaire3. Auparavant, comme dans le herem, l'excommunication n'était valide que dans le diocèse qui l'avait prononcée et il était par exemple possible de faire lever une excommunication prononcée dans le diocèse d'Alexandrie par l'évêque d'Antioche.

Les canons 9 et 10 privent du sacerdoce ceux qui se sont rendus coupables de quelque crime avant leur ordination ou qui ont apostasié au temps de la persécution.

Le canon 17 dépose les clercs coupables d'usure.

Le canon 18 interdit aux diacres de s'asseoir parmi les prêtres et de leur distribuer l'Eucharistie.

Le canon 20 interdit la génuflexion pour prier le dimanche et pendant la Pentecôte.

Malgré l'engagement de ne pas lever l'excommunication promulguée par leurs collègues, il arriva que des évêques outrepassent cette convention. Arius et Athanase bénéficièrent à tour de rôle de cette transgression des canons du concile.

Credo de Nicée[modifier]

Une confession de foi est adoptée au concile de Nicée :

« Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, Créateur de toutes choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire, de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré et non fait, consubstantiel au Père ; par qui toutes choses ont été faites au ciel et en la terre. Qui, pour nous autres hommes et pour notre salut, est descendu des cieux, s'est incarné et s'est fait homme ; a souffert et est mort crucifié sur une croix, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts. Et au Saint-Esprit. »

« Pour ceux qui disent : “ Il fut un temps où il n'était pas ” et “ Avant de naître, il n'était pas ”, et “ Il a été créé à partir du néant ”, ou qui déclarent que le Fils de Dieu est d'une autre substance (hypostasis) ou d'une autre essence (ousia), ou qu'il est créé ou soumis au changement ou à l'altération, l'Église catholique et apostolique les anathématise. »

Cette confession sera complétée au concile de Constantinople en 381, pour devenir le « Symbole de Nicée-Constantinople » ou « Credo ».

Le principe de la confession de foi est simple : pour être chrétien, il faut adhérer à la confession de foi. Contraposée : quiconque n'adhère pas à la confession de foi n'est pas chrétien ; il est donc:

  • hétérodoxe si l'on espère le reconquérir ;
  • hérétique et dans ce cas, il est assimilé aux païens traditionnels.

C'est une importante modification[non neutre] de la définition de l'« être chrétien » ; en effet, jusqu'au concile de Nicée, le baptême faisait le chrétien[réf. nécessaire]. Cette conception n'a pas disparu de toutes les Églises : les Églises professantes, souvent anabaptistes, et plus largement les Églises issues de la Réforme, conservent cette idée que le baptême fait le chrétien, du fait du libre examen.

Controverses trinitaires[modifier]

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/61/Searchtool.svg/15px-Searchtool.svg.png); margin-bottom: 0.7em; margin-left: 2em; font-size: 12px; overflow: hidden; border-style: solid; border-top-width: 1px; border-bottom-width: 1px; padding-top: 2px; padding-bottom: 1px; padding-left: 4px; background-position: 2px 3px; background-repeat: no-repeat no-repeat;">Article détaillé : Christologie.
Icône dite de la Trinité de saint André l'Iconographe. Il s'agit des trois anges apparus à Abraham aux chênes de MambréGn 181] qu'André Roublev interprète comme une figure du mystère de la Trinité invisible.

Une controverse survenue au cours de ce concile est devenue célèbre, et est restée dans l'expression « ne pas varier d'un iota »4. Les Nicéens soutenaient la thèse que le Fils était « de même substance » (ὁμοουσιος, homoousios) que le Père, tandis que les (semi-)ariens (qui furent excommuniés) soutenaient celle que le Fils était « de substance semblable » (ὁμοιουσιος, homoiousios) au Père. Les deux termes ne se distinguaient en effet que par un iota.

Notes et références[modifier]

  1.  Richard E. Rubenstein, Le jour où Jésus devint Dieu, éd. La Découverte, 2004, pp. 90-113
  2.  Le canon ne fait pas référence au printemps astronomique mais à la date du 21 mars. Cette circonstance explique que la date de Pâques puisse différer selon qu'on la fixe à partir du calendrier julien (seul existant lors du concile) ou à partir du calendrier grégorien instauré par le pape de Rome en 1582.
  3.  (en) Alan F. Segal, Two powers in heaven: early rabbinic reports about Christianity and Gnosticism, Alan F. Segal, 2002.
  4.  Laquelle utilisait une citation du Nouveau Testament : « pas un iota, pas un détail de la loi ne passeront avant que tout soi accompli », Matthieu 5:18.

Bibliographie[modifier]

  • Frédéric Lenoir, Comment Jésus est devenu Dieu, Fayard, 2010
  • Jean-Robert Armogathe. Histoire générale du christianisme. Premier volume. P.U.F. 2009
  • Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Bibliothèque Albin Michel Idées, 2007
  • Richard E. Rubenstein, Le jour où Jésus devint Dieu, Bayard, 2000, rééd. La Découverte, 2004
  • J.-M. Le Mayeur et al., Histoire du Christianisme - tome 2 - naissance d'une chrétienté, Desclée, 1995
  • Henri-Irénée Marrou, L'Église de l'Antiquité tardive 303-604, Éditions du Seuil, Points Histoire, 1985
  • Pierre Maraval, Le christianisme de Constantin à la conquête arabe, PUF, 1997.
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